99_Inattendu

 

Les copains étaient assis autour d'une table de café lorsque Albert les rejoignit. Il y avait là René, Robert, Adolphe, Georges, Théodore.

- Alors ça va ? demanda cordialement Robert.

- Ça va, dit Albert. Il appela le garçon.

- Pour moi, ce sera un picon, dit-il. Adolphe se tourna vers lui :

- Alors, Albert, quoi de neuf? - Pas grand-chose.

- Il fait beau, dit Robert.

- Un peu froid, dit Adolphe.

- Tiens, j'ai vu quelque chose de drôle aujourd'hui, dit Albert.

- Il fait chaud tout de même, dit Robert.

- Quoi ? demanda René.

- Dans l'autobus, en allant déjeuner, répondit Albert.

- Quel autobus ?

- L'S.

- Qu'est-ce que tu as vu ? demanda Robert.

- J'en ai attendu trois au moins avant de pouvoir monter .

- A cette heure-là ça n'a rien d'étonnant, dit Adolphe.

- Alors qu'est-ce que tu as vu ? demanda René.

- On était serrés, dit Albert.

- Belle occasion pour le pince-fesse.

- Peuh! dit Albert. Il ne s'agit pas de ça.

- Raconte alors.

- A côté de moi il y avait un drôle de type.

- Comment ? demanda René.

- Grand, maigre, avec un drôle de cou.

- Comment ? demanda René.

- Comme si on lui avait tiré dessus.

- Une élongation, dit Georges.

- Et son chapeau, j'y pense: un drôle de chapeau.

- Comment ? demanda René.

- Pas de ruban, mais un galon tressé autour . - Curieux, dit Robert.

- D'autre part, continua Albert, c'était un râleur ce type.

- Pourquoi ça ? demanda René.

- Il s'est mis à engueuler son voisin.

- Pourquoi ça ? demanda René.

- Il prétendait qu'il lui marchait sur les pieds.

- Exprès ? demanda Robert.

- Exprès, dit Albert.

- Et après ?

- Après ? Il est allé s'asseoir, tout simplement.

- C'est tout? demanda René.

- Non. Le plus curieux c'est que je l'ai revu deux heures plus tard.

- Où ça ? demanda René.

- Devant la gare Saint-Lazare.

- Qu'est-ce qu'il fichait là ?

- Je ne sais pas, dit Albert. Il se promenait de long en large avec un copain qui lui faisait remarquer que le bouton de son pardessus était placé un peu trop bas.

- C'est en effet le conseil que je lui donnais, dit Théodore.